End of Weak : Le débrief de la saison 2016

La saison 2015-2016 de la franchise Française du EOW a livré son verdict à Nantes le 28 mai dernier.  Retour sur les temps forts de cette 8ème saison qui a vu des retours, des confirmations et surtout des révélations.

Le tableau final de la saison 2016 du End Of the Weak FranceLe Tableau final de la saison 2016 du End Of the Weak France

Voici le tableau final et notez bien les noms de tous ces mc’s car vous devriez sans doute les revoir dans un avenir proche… Cette saison était d’un niveau général particulièrement élevé, preuve que le rap français est toujours en forme et que la relève est là. Cela démontre également toute la nécessité d’avoir des évènements comme le EOW, les RC, Buzz Booster, One One, etc. pour permettre à des Nekfeu, Oli, Guizmo, Alpha Wann et tant d’autres, de s’aguerrir avant de partir à l’aventure et tenter de vivre de son art.

Au lancement de la saison 2015-2016, beaucoup de changements structurels, avec l’arrêt du système trop compliqué des régions et leur finale régionale, au profit d’un modèle qui ressemble plus à celui d’une compétition sportive avec des 1/4, 1/2 et une finale.

Un changement permettant une meilleure lisibilité et accessibilité au EOW, avec 12 dates qualificatives presque partout en France, qui débutent par un open mic et des mc’s inscrits. Plus de 350 personnes auditionnées cette saison, ce qui fait du EOW la plus grande scène ouverte hexagonale dédiée au rap.

Tableau final EOW France 2016

Chacune de ces 12 dates a révélé son lot de surprises, en commençant par le retour de Narcisse, actif depuis 1999 et qui a coiffé tout le monde au poteau en l’emportant à Paris. Démontrant par la même occasion, qu’il fallait se méfier des « anciens », car c’est connu, les bons crus sont meilleurs avec l’âge. Même cas de figure pour Wadi, véritable Benjamin Button du rap, qui rajeunit année après année, et qui l’emporte au Mans avec un seul mot d’ordre entêtant : « Je n’ai pas de projets … que des projectiles ». Aventure identique pour Gonzo Skizo qui l’emporte à Nantes une 2e année d’affilée pour un doublé historique chez les canaris.

Dans la série des demi-retour (parce qu’ils ne sont pas vraiment partis, ils étaient juste occupés à bosser leurs projets) Enerku, bien connu de nos services, l’a emporté à Rennes et 1Probable Mc a fait exactement pareil à Bordeaux. Tous 2 s’étaient déjà illustrés il y a 2 ans, dans la saison 6 où 1probable avait même fini en finale nationale.

Ce fut aussi la saison des « besogneux », ceux qui ne lâchent rien, qui reviennent EOW après EOW, après des satisfactions, des déceptions et des défaites. Et c’est à Paris, qu’un mc n’a jamais aussi bien porté son nom : El Deterr. Il a enfin réussi à trouver la bonne carburation pour canaliser sa fougue et sa créativité pour une victoire plus que méritée. Pareil pour Scarp qui l’emporte à Angers, dans le chaudron du Chabada plein à craquer, qui confirme les Angevins comme l’un des publics les plus chauds de France des EOW.
Toujours dans la rubrique de ceux  »qui taffent dur », obligé de parler de Sanaï qui continue de régner sans partage sur le Nord de la France en remportant un 3e EOW d’affilée (mais pas dans la même ville).

L’inévitable Maras, qui l’emporte à Clermont-Ferrand, dans une Coopérative de Mai blindée et bouillante (là ou Res Turner l’avait emporté en 2011 … tiens tiens tiens … Clermont serait-elle la ville des mc’s champions ?? … et aussi celle du meilleur public de France des EOW??). Maras est présent depuis 3 saison pour tenter de marquer de son empreinte les EOW et surtout pour continuer à se faire plaisir.

Enfin c’est aussi la saison de la jeunesse avec El Lobo vainqueur à Thionville, qui confirme tout le bien qu’on pensait de lui et qu’il faudra compter sur lui pour l’avenir. Dans la série « rookie of the year » il y a Mc Odyssé, originaire d’Avignon, qui pour sa 1ère participation a bien fait les choses en l’emportant à Marseille. Là aussi le futur ne se conjuguera pas sans lui.

Et il faut toujours un mc différent des autres, inclassable, inqualifiable, qui vient d’un peu partout et de nulle part à la fois et cette saison c’est Godié. Le Luxembourgeois multi-casquettes, bien connu de la scène battle rap, est aussi l’organisateur du EOW Luxembourg ; à ce titre, il ne peut décemment pas participer dans son pays pour des raisons évidentes de conflits d’intérêts. C’est donc en France que Monsieur a migré pour venir mettre le bordel au mic, et c’est tant mieux pour nous.

Une véritable armée des 12 singes, repartie en deux 1/2 finales France, qui étaient en soit de véritables petites finales avant l’heure tant par le niveau général élevé que par la motivation des mc’s.

D’ailleurs, vous les retrouverez tous d’ici la fin d’année 2016 sur un projet audio commun : « EOW Soldiers vol.3″, la très attendue tape de dj Nicolson qui regroupe ces 12 mc’s accompagnés d’autres légendes EOW des saisons passées.

La finale France 2016

nantes-finale eow 2016

Elle s’est tenue dans un cadre majestueux, en lieu et place du Château des Ducs de Bretagne à Nantes lors des « Rdv Hiphop« , en plein air, devant un public Nantais fidèle depuis des années, qui est venu assister en masse au dernier round de cette saison riche en surprises.
Maras, Godié, Wadi et Scarp se sont distingués lors des 1/2 finales et sont donc convoqués pour ce dernier acte en présence d’un jury d’experts : Philémon, Res Turner, Mic Orni, Cheeko et Tayreeb. La team Dandyguel et Artik est à la présentation accompagnée par les patrons Dj Keri et Nicolson aux platines. Bref, les planètes sont alignées, tous les éléments sont réunis, un truc de dingue va se passer, seul manque à l’appel le soleil… Cet enfoiré s’est sans doute barré en vacances et nous a laissé avec son pote super relou : l’orage (qui lui-même était venu avec sa connasse de copine, la pluie battante).

1ère épreuve, Texte écrit (titre clicable vers le lien vidéo pour visionner l’épreuve) :

C’est donc sous de grosses averses que commence cette finale. Le « texte écrit » est en général un véritable round d’observation où les mc’s peuvent rentrer dans le vif du sujet, ce qui est souvent le meilleur moyen pour gérer la pression.

Maras ouvre le bal et sort un bon texte bien maîtrisé, mélangeant une très bonne écriture, son point fort, et une belle détermination dans son interprétation. Pour sa 1ère finale France, il démontre son envie de bien faire mais hélas, étant le 1er a passer sur scène, il fait les frais de problèmes de retour son. Malgré cela, il arrive à dérouler sans sourciller et le public ne se rend compte de rien.

Wadi lui emboîte le pas en entamant l’épreuve avec son gimmick entêtant qu’il nous a gravé à jamais dans le crâne lors des 1/4 de finales : « J’ai pas de projet… que des projectiles », qui deviendra lors de cette finale la véritable marque de fabrique de l’Angevin. Affûté et bougeant partout sur scène, Wadi est en forme et ça se voit.

Godié passe en 3e et enchaîne son texte sans souci. Mais, ayant tardé à démarrer son texte lors de son entrée sur scène, il se retrouve sur la fin de l’instru où le beat change complètement. Le Luxembourgeois est déstabilisé et s’arrête net dans son texte mais ne lâche rien. A l’aise en impro et très réactif, il récupère tout ça vite fait bien fait en utilisant cet incident pour s’inspirer et se sort de cette mauvaise passe avec talent. Frustrant car il avait écrit un texte spécialement pour la finale que nous n’entendrons jamais.

Enfin Scarp ferme la marche et débarque en marquant les esprits avec un texte très cynique, humour noir voire humour sale. De grosses punchlines avec des références bien salaces et une attitude très décalée qui fait mouche, le public nantais valide son passage en faisant un beau bordel.

Très compliqué de déterminer un classement intermédiaire après ce 1er round. Scarp semble être légèrement devant en ayant fait un peu plus réagir le public. Godié, malgré son incident montre déjà qu’il est chaud bouillant sur l’impro.

2ème épreuve, A capella  (titre clicable vers le lien vidéo pour visionner l’épreuve) :

C’est au tour de Wadi de débuter cette épreuve avec une véritable déclaration textuelle proclamée dans la cour du Roi : texte à double sens, multi références, jeux de mots, assonances, rimes croisées, … Wadi nous fait son festival et rend l’utilisation de la vidéo limite obligatoire afin de bien tout saisir.

Godié passe en 2e, et prend le créneau de l’impro. Prise de risque maximum. Mais il fait mieux que de juste s’en sortir : avec une aisance déconcertante il slalom en impro et se démarque des autres finalistes en s’appuyant sur le public pour l’inspiration. Très convaincant.

Scarp arrive et continue sur sa lancée. Un acap’ d’enfoiré comme on les aime, mêlant références politiques, sous culture, autodérision et punchlines cinglantes. Il continue son oeuvre de destruction massive et surtout de marquer des points à la table des juges.

Maras part dans son épreuve favorite. Rappelons que le jeune homme vient du slam où il y a remporté de nombreux titres et le maniement des mots c’est sa routine. Un texte un peu trop long mais plein de sens et d’émotion, réécrit spécialement pour la finale. Il fait tomber le bleu de chauffe et commence réellement a rentrer dans sa finale.

Après ce jeu, impossible de dire qui est devant. Scarp semble mener légèrement les débats mais sans que cela soit significatif tant les prestations étaient toutes de qualité. La prochaine épreuve, la plus attendue, devrait permettre de voir s’affirmer le classement.

3eme épreuve, Freestyle bag (titre clicable vers le lien vidéo pour visionner l’épreuve) :

L’épreuve phare du EOW 100% impro est en général un vrai révélateur. C’est souvent à ce round que la différence se fait et que le futur champion commence à se démarquer.

Godié ouvre le sac et part dans une folle impro. Posé, il ne panique jamais et arrive à garder le sens de son impro. Technique et très réactif, comme à son habitude il ne manque pas de solliciter le public pour reprendre son souffle et fini par s’envoler très haut. Avec son passage, il pose une option pour aller chercher la victoire.

C’est au tour de Scarp sur l’instru de 50 Cent « In da club » et cela ne fait visiblement pas partie de ses sons préférés. Malgré cet handicap il fait un bon freestyle bag… mais sans l’étincelle qu’il avait trouvé lors de ses 2 premiers passages.

Maras est en général à l’aise sur l’épreuve du sac et ne déroge pas à ses bonnes habitudes. Il sort les 5 objets sans l’ombre d’un souci et tente même plusieurs phases par objet. Emporté par son élan, il sort même un 6e objet tout en restant créatif, réactif, et avec beaucoup d’humour. Il envoi lui aussi au jury un fort signal pour le titre.

Wadi termine le sac avec une énergie débordante. Pour sa 2e finale nationale il montre une réelle facilité en impro. Il expédie l’épreuve sans raté et avec de grosses phases improvisées. Le gars n’a vraiment pas de projets, mais bel et bien des projectiles à nous balancer en pleine tête.

Maras et Godié paraissent légèrement en tête sur ce jeu. Wadi très proche d’eux et enfin Scarp, qui avait flambé les 2 premières épreuves, semble être moins à l’aise que ses collègues sur ce round.

4e épreuve, Mc versus Dj (titre clicable vers le lien vidéo pour visionner l’épreuve) :

Le passage le plus casse-gueule du EOW. Un véritable rodéo imposé par Dj Keri et Nicolson où il ne faut pas perdre le fil. Et c’est fort de son expérience que Wadi affronte les 2 dj’s, ne se laissant pas déstabiliser malgré leurs changement de beat et autres accélérations. Un bon passage mais moins bon que ses 3 premiers où il avait fait forte impression.

Godié, fidèle à lui-même, enchaîne ça en impro. Sa fluidité, démontre une belle technicité et une palette de flow qui lui permettent de toujours rester en piste. Malgré les accélérations il trouve le temps de placer quelques bons mots et marque encore des points pour le classement final.

Arrive le tour de Scarp qui avant la finale ne se cachait pas pour annoncer qu’il redoutait particulièrement cette épreuve où il ne sentait pas à l’aise. Ce bougre a attendu la finale France pour faire son meilleur Versus Dj. Ce jour-là il a clairement passé un cap, en lâchant même un gros flow en fin d’épreuve, entrainant la toute la foule avec lui.

Au contraire de Scarp, Maras adore le versus dj, où il en profite souvent pour « clasher » les dj’s. Mais ce samedi 28 mai, il va les laisser un peu tranquille et se concentrer à rester coller aux instru en trouvant le bon équilibre. Sur son passage il arrive à allier technique, phases et sens. Un combo qui peut s’avérer gagnant lors du décompte final.

Pas simple de tirer des enseignements après le versus. Cela semble se resserrer de partout. Godié qui au général paraissait légèrement derrière Maras, semble avoir comblé son maigre retard. Scarp et Wadi continuent de bombarder et restent en embuscade, rien ne paraît joué.

5e et dernière épreuve, Cypha Skills (titre clicable vers le lien vidéo pour visionner l’épreuve) :

Un cypha skills où ça se taquine et ça part en battle impro/egotrip. Les mc’s s’amusent et le public avec, ça se sent et ça fait plaisir à voir. Rien de malveillant, que du bonheur pour les 2500 personnes venues soutenir leur mc favori. Une dernière épreuve collective pour rappeler qu’on est ensemble, mc’s, jury, dj’s, speakers, public, tout le monde partage et que c’est l’une des facettes du rap que l’on aime voir.

Résultats (titre clicable vers le lien vidéo pour visionner l’annonce des résultats) :

C’est après une très longue discussion entre les juges que les résultats sont tombés. Le jury ayant eu beaucoup de mal à départager les mc’s, notamment 2 d’entre eux pour la 1ère place…
Et c’est sous un déluge de malade que Philémon décide de prendre les choses en main pour réchauffer le vaillant public Nantais, qui n’a pas bronché malgré la météo infernale et attendait sagement l’annonce des résultats. En 2 temps 3 mouvements, le local Philémon les fait jumper dans tous les sens, le Rdv Hiphop de Nantes commence à prendre des allures de Woodstock.
Petit échauffement obligatoire avant l’annonce finale et de voir le sacre de … Maras qui l’emporte, d’une très courte tête devant Godié (le règne des crânes rasés).

Maras devient le 8e champion de France de l’histoire et obtient un ticket d’accès pour la finale mondiale. Il remporte un voyage tous frais payés pour la Suisse où se tiendra fin octobre les EOW World 2016.

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